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Association des Chaînes du Câble et du Satellite
 
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Premières assises des chaînes thématiques

 
 
Colloque Lundi 3 décembre 2007 Palais du Luxembourg
Premières assises des chaînes thématiques
Compte Rendu des deuxièmes assises - Mardi 24 juin 2003
Actes des Troisièmes assises des chaînes thématiques 20 juin 2005

A.C.C.e.S.
Association des Chaînes du Câble et du Satellite
« Premières assises des chaînes thématiques »
Lundi 24 juin 2002
Compte-rendu

A.C.C.e.S.
17, rue Hamelin 75116 Paris
01 47 04 24 09 - info@acces.tv

Présentation

Les « Premières assises des chaînes thématiques », organisées par l'Association des Chaînes du Câble et du Satellite (A.C.C.e.S.) se sont tenues le lundi 24 juin 2002, à l'Espace Hamelin - 17, rue Hamelin 75116 Paris.

Elles ont réuni près de 200 professionnels : représentants des chaînes, des producteurs, de la presse, des instituts d'études ou de conseil, des distributeurs du câble et du satellite, des institutions (DDM et CSA), etc.

Cette journée, animée par Michel Field, avait pour objectif de mieux faire connaître les chaînes thématiques, du point de vue de leur offre de programmes, de leurs publics, de leur environnement législatif et réglementaire, français et européen.

Elle était organisée en trois temps :

  • « Quels programmes pour les chaînes thématiques ? », table ronde réunissant des producteurs et des responsables de chaînes ; présentations d'exemples illustrant la politique de production des chaînes.
  • « Quels publics ? », table ronde réunissant des experts d'études qualitatives des publics et des conseils en programmation et marketing.
  • « Les conditions de développement », exposés juridique et économique sur le secteur des chaînes thématiques.

Elle s'est conclue par une rencontre avec Joseph Daniel, membre du CSA.

Ce document est une présentation très synthétique des exposés, débats et points de vue qui se sont exprimés lors de ces « assises ». Un compte rendu intégral des deux tables rondes de cette journée, ainsi que le texte de certaines des présentations introductives sont disponibles sur demande auprès de l'A.C.C.e.S. : info@acces.tv

La production

Participants à la table ronde :

  • Fiction - courts métrages :
  • Christian Charret, président, Gétévé
    François Roux, directeur général, 13ème
  • Animation :
  • Vincent Chalvon-Demersay, directeur général, Marathon
  • Divertissement :
  • Alex Vic, producteur, « du jamais vu ! »
    Thierry Sorel, adjoint au directeur des programmes, CANAL J
  • Emission musicale :
  • Frédéric de Vincelles, directeur, FUN TV
  • Magazine :
  • Thierry Bizot, producteur, Eléphant &Cie Fabien Baunay, directeur général, M6 THEMATIQUE
  • Documentaire :
  • Yves Billon, producteur, Les Films du Village Jean-François Dion, directeur général délégué, MULTITHEMATIQUES
  • Documentaire :
  • Jean-Pierre Bailly, producteur, MC4 François Fèvre, directeur des programmes, VOYAGE
  • Evénement :
  • Gérard Pont, producteur, Morgane Production Philippe Chazal, directeur général, HISTOIRE

    Christian Charret a produit avec 13ème RUE trois collections de courts-métrages de fiction de 5' (Chambre 13, Les Redoutables et Mythes urbains). La production fait nécessairement appel à des montages internationaux en y associant les autres chaînes du groupe Universal, l'édition DVD et vidéo et la Région Aquitaine ; elle bénéficie du compte de soutien ; la dernière série est tournée en anglais.

    Bien que le coût de fabrication d'un court-métrage reste inférieur à celui de la fiction, ce type de production reste difficile à financer. Le producteur considère cependant qu'il s'agit d'une expérience très gratifiante,qui fonctionne, pour sa société, un peu comme un « laboratoire ».

    Pour la chaîne, il s'agit avant tout d'une opération d'image dont le succès se mesure aux retombées dans la presse, et non en audience, qui, sur ce type de format, est difficilement mesurable.

    Vincent Chalvon-Demersay estime qu'un producteur de programmes d'animation développe une logique proche de celle d'une chaîne thématique : il cherche à créer une marque qui lui permettra d'exploiter des droits dérivés. Même si le financement d'une chaîne thématique, sur une série d'un budget de 42 MF, ne dépasse pas 2,6 MF, les investissements de la chaîne en promotion hors antenne, qui peuvent atteindre, sur la même série, 3 ou 4 MF, concourent à la fabrication de la marque et soutiennent le lancement des produits dérivés. Même si les chaînes hertziennes y sont réticentes, la diffusion d'une série d'animation sur une chaîne thématique 9 à 12 mois auparavant permet de lancer le programme et de créer un effet d'attente, de bouche à oreille, avant sa diffusion nationale.

    Thierry Bizot a pu produire avec TEVA le magazine Sex in the TV qui avait été refusé par les chaînes hertziennes en raison de son contenu éditorial et de son approche de la sexualité. Les risques que savent prendre les chaînes thématiques ont pour corollaire des financements très tendus qui imposent, pour ce magazine, de produire quatre fois 80' en deux jours. Mais ces contraintes permettent de découvrir des jeunes talents et, là aussi, le producteur considère les chaînes thématiques comme un laboratoire d'idées et d'animateurs.

    Certaines chaînes, indique Fabien Baunay pour M6 THEMATIQUE, font porter l'essentiel de leur effort en production sur les programmes de flux, qui représentent « l'âme de la chaîne ». C'est le cas de FUN TV, représentée par Frédéric de Vincelles, qui produit 8 heures de direct par jour : divertissement, magazines et émissions musicales, et a largement recours à l'interactivité : les téléspectateurs sont invités à intervenir par téléphone. L'âge moyen des collaborateurs de la chaîne est de 23 ans et elle remplit, pour le groupe, une fonction de formation de jeunes professionnels.

    François Fèvre, expose la même volonté, au nom de VOYAGE, de ne pas déléguer la production de programmes de flux de la chaîne, pour des raisons de maîtrise à la fois des coûts et du contenu éditorial.

    Pour sa part, CANAL J, a confié à la société « du jamais vu ! », représentée par Alex Vic, la production de son magazine phare mensuel de 80', Iapiap. Divertissement de prime time, produit dans des conditions comparables à celles offertes par les chaînes hertziennes, quoique avec un budget modéré, l'émission permet à la chaîne de se différencier de ses concurrentes et de faire largement appel à la créativité des enfants.

    En matière de documentaires, Yves Billon, Jean-Pierre Bailly et Gérard Pont, estiment que malgré des apports en production moins élevés qu'avec les chaînes hertziennes, il est possible de produire avec les chaînes thématiques des programmes de référence. Il est alors nécessaire, pour le producteur de pouvoir compter sur un volume de production important qui lui permette de s'équiper de matériel (tournage, montage image et son) et de ne pas recourir à des prestataires. Pour les séries, le recours à des financements internationaux est indispensable.

    Le MédiaCabSat a rendu les chaînes, Philippe Chazal et Jean-François Dion en témoignent, plus sensibles aux résultats d'audience que peuvent générer certains programmes : elles ne se contentent plus de communication de marque, mais se préoccupent des résultats des programmes sur lesquels elles font porter leurs efforts d'investissements. L'exemple le plus spectaculaire en est la diffusion, sur HISTOIRE, du Procès Touvier qui a enregistré jusqu'à 3,5% de part d'audience, alors que la moyenne de la chaîne se situe à 0,3%.

    La question de la hiérarchie des passages, en cas de co-production d'une chaîne thématique avec une chaîne hertzienne, a également été évoquée : lorsque les deux diffuseurs revendiquent le premier passage, d'autres formules permettent aux chaînes thématiques de faire jouer leurs spécificités : recours à des formats de programmes différents ou accès de la chaîne thématique à des « bonus ». Des chaînes thématiques distribuées sur des bouquets satellite différents peuvent aussi, dans certains cas, décider de diffuser le même programme simultanément.

    Les représentants de chaînes ont souligné les limites de l'interactivité : obstacles techniques dus à la non harmonisation des normes, investissements prohibitifs qui s'effectuent au détriment des programmes, faible intérêt des téléspectateurs sauf dans le cas particulier des enfants avec Iapiap sur CANAL J.

    Les publics

    Participants à la table ronde :

    • Muriel Arnould, directrice, TVMI
    • Hervé Barbot, directeur général adjoint, IPSOS Médias ;
    • Daniel Bô, directeur général, QualiQuanti ;
    • Lionel Gaillaud, rédacteur en chef, Médias ;
    • Pascal Josèphe, président-directeur général, IMCA ;
    • Maxime Lehrhaupt, directeur, COSMOPOLIS ;
    • René Saal, directeur général, Carat Expert ;
    • Serge Schick, directeur, V2VOOVE-Médias ;
    • et François Viot, directeur de la rédaction, TV Câble Satellite Hebdo.;

    « Les chaînes thématiques, vecteur d'un nouveau mode de consommation TV », est l'analyse présentée par Muriel Arnould, basée sur l'analyse des résultats du MédiaCabSat 1. Les abonnés au câble et au satellite ne regardent pas plus la télévision que les autres téléspectateurs - en moyenne 3 heures 30 par jour, exactement la même moyenne que l'ensemble de la population française - , mais ils consacrent 32% de leur temps d'écoute de la télévision aux chaînes thématiques. En conséquence, devant une offre de plus de 60 chaînes, leur écoute est très fragmentée : sur les abonnés, l'audience des 10 premières ne représente que 1/3 de l'audience totale de l'ensemble des chaînes thématiques.

    1 MédiaCabSat est la mesure audimétrique de l'audience des chaînes du câble et du satellite effectuée par Médiamétrie.

    Mais le même individu ne regarde pas les mêmes chaînes selon les différentes heures de la journée et selon les différents jours de la semaine : chaînes qui favorisent une écoute discontinue le matin (chaînes d'information, chaînes pour enfants, certaines chaînes musicales) ; fiction, divertissement ou sport en soirée ; le vendredi, chaînes de fiction ou de séries ; de cinéma, le dimanche.

    La fragmentation de l'audience et l'offre des chaînes thématiques répondant à des attentes très diverses des téléspectateurs, on est bien devant une consommation personnalisée, proche des modes de lecture de la presse magazine, l'offre élargie fonctionnant un peu comme un kiosque à journaux.

    René Saal, pour sa part, souligne le progrès considérable que représente la mesure audimétrique de l'audience grâce au MédiaCabSat, indispensable pour intéresser les annonceurs à ce marché.

    Mais il considère, même si le marché publicitaire est plutôt morose en ce moment, qu'il ne faut pas s'arrêter à l'approche quantitative de la mesure de l'audience et qu'il faut valoriser auprès des annonceurs d'autres éléments susceptibles de les motiver. Les outils qualitatifs doivent être développés.

    En premier lieu, l'analyse du ciblage des chaînes, qui permet aux annonceurs de réaliser les économies d'échelle qu'ils ne peuvent trouver sur les médias de masse.

    L'environnement qualitatif des écrans publicitaires, ainsi que la durée des écrans publicitaires, intéressent également les annonceurs. Les chaînes thématiques sont susceptibles de leur apporter les valeurs qu'elles véhiculent. Elles ont donc tout intérêt à développer une personnalité, un contenu et un « territoire » de marque que les annonceurs sont susceptibles d'investir. La question de l'apport du contenu rédactionnel de la chaîne à l'annonceur est un élément fondamental de réflexion pour les chaînes. La force de la marque de la chaîne et sa capacité à décliner en cohérence l'ensemble des moyens de communication de cette marque attirera les annonceurs.

    « C'est en faisant un travail précis de définition du positionnement de chaque chaîne et en le faisant connaître au marché publicitaire, qu'il sera possible, l'audience continuant à progresser au fil du temps, de faire croître le marché publicitaire des chaînes thématiques », a indiqué René Saal.

    Daniel Bô a présenté dix enseignements transversaux d'études qualitatives et qui sont les conditions de réussite d'une chaîne :

    • l'importance de la marque - nom, habillage, personnalité de la chaîne - : elle permet à la chaîne d'être plus aisément repérée et de susciter d'adhésion du téléspectateur ;
    • la prise en compte de la coexistence, dans le public de chaque chaîne, de deux cibles : celle des « aficionados », experts du thème en question et une cible plus large , mais beaucoup plus passive ;
    • l'importance des émissions vitrines ;
    • la capacité des grilles à être mémorisées par les téléspectateurs ;
    • l'adéquation des programmes aux tranches horaires ;
    • la complémentarité entre l'interactivité proposée et le thème de la chaîne ;
    • le choix d'un centre de gravité pour la chaîne, entre étroitesse du territoire thématique et éclectisme ;
    • la valeur financière subjective et donc le rapport qualité/prix que ressent le téléspectateur envers la chaîne ;
    • la capacité de la chaîne à renouveler son offre de programmes tout en assurant une continuité qui permet au téléspectateur de créer ses propres repères ;
    • la capacité de la chaîne à s'inscrire dans un contexte favorable qui déclenche l'envie de la regarder.

    Pascal Josèphe s'est interrogé sur les règles de programmation les plus performantes pour une chaîne thématique.

    Si, à l'origine, la programmation des chaînes thématiques a obéit aux règles traditionnelles en vigueur sur les chaînes hertziennes - organisation de la grille en tranches horaires : prime time, acces, fin de soirée, mise en place de rendez-vous - , la nécessité d'optimiser des budgets réduits a inspiré des modes de programmation particuliers intégrant la multidiffusion.

    Conduites à se différencier de leurs concurrentes, les chaînes thématiques se sont alors engagées dans la production de programmes originaux. Les premières mesures de l'audience, très décevantes pour ces productions originales, conduisent aujourd'hui à s'interroger sur la stratégie qu'il convient de privilégier : rechercher l'audience mesurable attendue par les annonceurs ou continuer à proposer des univers, et donc de l'affinité ?

    La relation affective forte que les chaînes thématiques entretiennent avec leur public cible les a parfois conduit à privilégier une approche éditoriale au détriment d'une approche marketing. Pour Pascal Josèphe, les questions relatives aux contenus apparaissent aujourd'hui plutôt secondaires par rapport aux questions de contenant et de marketing. C'est à cette lumière qu'il convient désormais d'envisager l'art de la programmation sur les chaînes thématiques.

    Pour autant, il reste difficile de mesurer la pertinence d'un marketing : si l'audience et l'image en sont les éléments de base, le bouche à oreille, la presse et les « focus groupes » permettent de l'approcher. Importante aussi est la capacité de la chaîne à aller à la rencontre de son public sur le terrain.

    Mais l'art de la séduction ne peut pas compenser une offre faible. Il faut donc se garder de trop de promotion qui peut générer de la sur-déception.

    Il y a des chaînes que le téléspectateur regarde, des chaînes qu'il va voir de temps en temps et des chaînes qu'il ne va jamais voir, mais qu'il souhaite avoir dans son abonnement.

    Hervé Barbot, pour sa part, a insisté sur l'enjeu, pour les chaînes thématiques des études qualitatives. Pour le public, le climat de l'écoute est important : le contexte du choix d'une chaîne, ce n'est pas seulement le programme que l'on choisit de regarder, mais c'est la chaîne, le média lui-même. Alors que le téléspectateur, sur une chaîne hertzienne, se situe dans l'appartenance à la communauté nationale, sur une chaîne thématique, il se situe dans sa spécialité, dans sa passion, dans son centre d'intérêt personnel. Pour un même programme, le contexte de la chaîne sur laquelle le téléspectateur choisit de le regarder est qualitativement différent.

    Si les études quantitatives permettent de répondre aux besoins des annonceurs, les études qualitatives permettent de mesurer la satisfaction qui déclenche, pour la chaîne, la réelle sanction qu'est le réabonnement. Le réabonnement ne passe-t-il pas davantage par la satisfaction que par la séduction, même si celle-ci est indispensable pour susciter l'appétit de voir ?

    Hervé Barbot a également présenté les résultats de l'enquête que l'IPSOS réalise en mars chaque année sur la motivation de l'abonnement au câble et au satellite, sur l'image des chaînes et leur notoriété.

    Le cinéma reste la première motivation des abonnés au câble et au satellite (92% des réponses) ; la qualité des programmes, dont l'importance a nettement progressé d'une année sur l'autre, la qualité du son et de l'image numérique sont également mis en avant.

    Concernant l'image de la télévision par câble et satellite, elle est encore jugée « chère » par une majorité d'abonnés. L'image de l'offre de programmes s'est améliorée d'une année sur l'autre. Pour la majorité des abonnés, la télévision par câble et satellite permet une meilleure sélection des programmes, alors que les formalités et difficultés techniques ne semblent pas représenter un frein à l'abonnement.

    L'image des chaînes du câble et du satellite reste portée par la qualité des programmes et la variété de l'offre, dans un contexte toutes fois de ralentissement des intentions d'abonnement. On note chez les téléspectateurs ayant l'intention de s'abonner une moins bonne connaissance de l'offre des chaînes et une sensibilité de plus en plus forte au prix.

    Maxime Lehrhaupt, pour sa part, a tenté d'analyser le « retour de bâton » négatif constaté actuellement dans la perception des chaînes thématiques par les téléspectateurs.

    Après une première époque d'euphorie du téléspectateur ayant le sentiment d'avoir gagné en liberté avec les chaînes thématiques, une deuxième époque d'acclimatation, les abonnés sont entrés dans la troisième époque de sélection.

    Le téléspectateur traverse actuellement une période de doute sur le contenu de son abonnement et sur la nature des chaînes thématiques ; le rapport des chaînes à l'actualité est une difficulté pour ces chaînes. L'hyper spécialisation atteint également ses limites du fait de la taille du public. Après une période de découverte des chaînes, le téléspectateur abonné au câble et au satellite réduit sa consommation et s'en tient à ses deux ou trois centres d'intérêt. Le téléspectateur consomme réellement trois ou quatre chaînes, même s'il est abonné à plus. Le phénomène « fonds d'écran » est très important avec ces chaînes.

    La question majeure pour les chaînes aujourd'hui, en terme de marketing, c'est d'arriver à passer de leur spécialisation de base thématique à la conquête d'un « grand public » du câble et du satellite.

    On assiste aujourd'hui à une fragilisation de la relation entre les chaînes et leur public, à la quelle on peut trouver plusieurs raisons : l'hyper segmentation des chaînes, qui va de pair avec l'hyper individualisation de la consommation et qui est un frein à la fidélisation du téléspectateur ; le renouvellement du public - ou du public potentiel - des chaînes, lié à l'évolution des générations ; l'absence du « grand public » sur les chaînes du câble et du satellite ; et enfin, les formules d'abonnement proposées par les opérateurs qui limitent la relation entre la chaîne et son client. Il y a donc beaucoup à faire en terme de marketing relationnel.

    Il convient d'analyser les attentes des abonnés du point de vue de la valeur ajoutée des chaînes thématiques par rapport aux chaînes hertziennes : attente de qualité, clarté du positionnement, constance, couverture complète du territoire de légitimité.

    Serge Schick considère que la gestion de leurs abonnés constitue le nouvel enjeu pour les chaînes thématiques. Dans un contexte économique difficile pour les chaînes, du à la baisse des rémunérations en provenance des opérateurs, les chaînes ont intérêt à maintenir les lignes budgétaires consacrées au marketing et à la communication et à choisir leurs priorités entre les postes de conquête de marché et de fidélisation des téléspectateurs.

    La capitalisation sur la marque est indispensable et il faut développer son offre en affinité avec son public de référence. Si les chaînes ont aujourd'hui des audiences, elles n'en n'ont pas pour autant de véritables clients ; elles doivent donc être en mesure de maîtriser leur relation avec leurs abonnés. Pour cela, il convient d'utiliser les techniques du marketing relationnel qui sont la fidélisation et la personnalisation de la relation à l'abonné.

    Il est nécessaire d'informer l'abonné grâce à l'autopromotion, il faut lui demander son avis, de s'exprimer, le faire participer.

    Les outils de ce marketing relationnel sont : le site internet, l'audiotel et le minitel, le développement de services permanents, l'ensemble des applications mobiles, le magazine des programmes et enfin, le club des abonnés.

    François Viot s'est enfin interrogé sur la manière dont se détermine le public du câble et du satellite confronté à une telle abondance de chaînes. En plus des magazines de télévision, l'abonné a toute une batterie de moyens de sélection et de repérage à sa disposition et dont il fait un large usage : guide électronique des programmes, magazine mensuel des abonnés, touches de la télécommande. François Viot estime qu'en réalité, les téléspectateurs ne sont pas perdus, qu'ils ont bien compris comment fonctionnent les chaînes thématiques et qu'ils exercent leur choix en fonction de leurs goûts et de leurs affinités.

    Cependant, les offres des opérateurs étant complexes et les téléspectateurs ayant tendance à s'orienter vers les marques qu'ils connaissent, à forte notoriété, le besoin d'une meilleure information se fait sentir.

    Les conditions de développement

    « Vers un régime spécifique des chaînes du câble et du satellite ? »

    Maître Rémy Fekete, avocat associé au cabinet Gide Loyrette Nouel, est intervenu sur le thème : « Quelles sont les dispositions réglementaires qui sont susceptibles d'être modifiées pour permettre aux chaînes thématiques, lieu de création et de pluralisme, de poursuivre leur développement dans l'avenir ? »

    La nécessité de mettre en œuvre des dispositions spécifiques pour la production de programmes audiovisuels par les chaînes thématiques a été soulignée. Le législateur, lors de la loi du 1er août 2000 a, sur certains aspects, consacré la spécificité des chaînes thématiques. Ces chaînes sont avant tout une chance pour les producteurs, les réalisateurs et les auteurs : c'est un nouveau vecteur pour toute une scène de la création française et européenne. Pour autant, les conditions d'aide et de soutien à la production du CNC (COSIP) n'ont pas été modifiées pour tenir compte de ce nouveau marché constitué par les chaînes du câble et du satellite.

    Il s'agit avant tout de favoriser la création : faire en sorte que la participation des thématiques au financement d'une œuvre audiovisuelle (fiction, documentaire ou magazine) soit encouragée par rapport aux conditions de participation d'une chaîne hertzienne. C'est à dire limiter l'apport requis des thématiques dans le budget des productions. Réduire les 25 % requis aujourd'hui pour les chaînes pour les ramener à 10 ou 15 % du devis.

    Il s'agit également d'accorder aux producteurs, qui participent au financement, un « bonus » dès lors qu'ils œuvrent pour la création de nouveaux programmes destinés à être diffusés sur une chaîne thématique. Enfin, il faudrait que le soutien du CNC au financement puisse être porté à un niveau plus élevé que celui en vigueur pour les hertziennes : à 50% du coût du programme, plutôt qu'à 40% actuellement

    Une autre réforme qui paraît également indispensable concerne les obligations de contribution au financement de la production.

    Le décret du 4 février 2002 ne permet en rien de favoriser le soutien des chaînes thématiques aux programmes audiovisuels originaux. Ce régime, particulièrement complexe et contraignant, dans ses grandes lignes simplement adapté du régime des chaînes hertziennes, fait peser sur les chaînes thématiques des contraintes qu'elles seront incapables de respecter.
    Il convient donc de mettre sur pied un nouveau régime simplifié.

    Le régime des quotas de diffusion, pour sa part, ne fait pas suffisamment appel à la liberté de régulation qui devrait être confiée à l'autorité indépendante. Le CSA a justement été créé par la loi de 1986 pour adapter la régulation au cas particulier de chacune des chaînes. Les obligations instaurées par ces régimes rendent la vie des chaînes plus difficile et sans donner pour autant au CSA de véritables facultés d'adaptation au cas par cas. C'est probablement une des raisons pour lesquelles tant de chaînes font l'objet aujourd'hui de procédures de sanctions.

    Concernant la définition des œuvres, il serait légitime et normal qu'à nouveau le CSA prenne en charge sa responsabilité de régulateur indépendant en adaptant la définition de l'œuvre audiovisuelle au cas particulier des chaînes thématiques.

    S'agissant des recettes publicitaires, la France vient d'être mise en demeure par Bruxelles de mettre un terme à l'interdiction de publicité d'un certain nombre de secteurs dont notamment les secteurs de la distribution, du cinéma, de la presse et de l'édition. L'ouverture de ces secteurs à la publicité constitue une chance pour la TNT future mais aussi pour les chaînes du câble et du satellite. Il convient donc aujourd'hui de mettre en conformité la réglementation française avec la politique européenne et enfin d'ouvrir, aux chaînes thématiques dans un premier temps, les secteurs interdits.

    La question de la distribution est stratégique pour la survie des chaînes. Il faut veiller à la préservation d'un équilibre fragile en matière de relations entre les éditeurs et les distributeurs.

    Un raisonnement logique devrait conduire les autorités, notamment le Ministre, mais également le CSA à s'inspirer fortement du rapport Gallot. Un certain nombre de recommandations énoncées pour la TNT ont vocation à s'appliquer, au moins en partie, au câble et au satellite. Elles poussent à la mise en œuvre d'un code de bonne conduite qui seul peut préserver cet équilibre et permettre la survie à la fois des distributeurs et des éditeurs de chaînes.

    Ce code serait simplement un énoncé de principes clairs : la transparence, l'objectivité, l'équilibre, la non discrimination, la neutralité lorsqu'il s'agit de commercialiser une chaîne plutôt qu'une autre, surtout lorsque l'autre chaîne appartient au même groupe que le distributeur. Il s'agit d'éviter les clauses d'exclusivité et surtout de faire en sorte que le déséquilibre économique qui existe de fait entre un distributeur et une chaîne prise individuellement n'aboutisse pas à des cas de lésion ou des cas d'abus de dépendance économique lorsque les contrats de distribution sont manifestement en défaveur des éditeurs.

    Qu'il s'agisse de la mise en œuvre des dispositions légales et réglementaires en matière de production, de la diffusion ou en matière de distribution, la France a la chance de disposer d'une autorité administrative indépendante qui a la responsabilité de veiller à ces équilibres. Elle a la responsabilité de prendre à bras le corps les nouvelles prérogatives que lui a confié le législateur et qui lui permettront enfin d'intervenir pour maintenir les équilibres du secteur, notamment en matière d'édition et de distribution.

    * * *

    Les enjeux européens ont été abordés lors de deux dernières interventions :

    • Yves Gassot, directeur général de l'IDATE, a présenté le secteur des chaînes thématiques dans les principaux marchés européens 2 ;
    • Jean-Eric de Cockborne, chef de l'unité « Politique audiovisuelle » à la Direction générale Education et Culture de la Commission européenne, a exposé les principales politiques européennes ayant un impact sur les chaînes thématiques ainsi que les objectifs et le calendrier de la révision de la directive « télévision sans frontières ».

    2 Présentation disponible sur demande.

     
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