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A.C.C.e.S

Association des Chaînes du Câble et du Satellite
 
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Compte Rendu des deuxièmes assises - Mardi 24 juin 2003

 
 
Colloque Lundi 3 décembre 2007 Palais du Luxembourg
Premières assises des chaînes thématiques
Compte Rendu des deuxièmes assises - Mardi 24 juin 2003
Actes des Troisièmes assises des chaînes thématiques 20 juin 2005

« Deuxièmes assises des chaînes thématiques »
Mardi 24 juin 2003

Présentation

Le 24 juin 2003, un an après une première édition, l'Association des Chaînes du Câble et du Satellite (A.C.C.e.S.) a donné à nouveau rendez-vous à l'ensemble des partenaires des chaînes : auteurs, réalisateurs, producteurs, distributeurs, presse, représentants des pouvoirs publics, instituts d'étude, annonceurs, ., pour les « Deuxièmes assises des chaînes thématiques ».

 Mieux faire connaître les chaînes thématiques, sensibiliser l'ensemble des acteurs de l'audiovisuel français aux enjeux de ces chaînes, mettre en lumière leurs spécificités, tels étaient, comme en 2002, les principaux objectifs de ce rendez-vous.

 La journée a été ouverte par David KESSLER, Directeur général du Centre national de la cinématographie.

 La matinée a été consacrée à la présentation d'un certain nombre d'exemples de programmes produits par ou pour les chaînes thématiques, exemples destinés à illustrer la spécificité de ces chaînes.

 L'après-midi, organisée en partenariat avec CARAT TVMI, a vu se tenir deux tables rondes consacrées aux publics des chaînes thématiques.

 La journée a été conclue par Dominique BAUDIS, Président du Conseil supérieur de l'audiovisuel.

 Les débats étaient animés par Michel PICOT.

Les programmes

David KESSLER, Directeur général du CNC, dans son discours d'ouverture a salué le fait que l'A.C.C.e.S., malgré les difficultés que connaît le secteur du câble et du satellite, ait choisi, en mettant en avant les programmes produits par ou pour les chaînes thématiques et en organisant une réflexion sur leurs publics, de placer ces « Assises » sous le signe d'une foi en leur avenir.

« Une partie essentielle des enjeux de l'audiovisuel » se joue à travers les chaînes thématiques : David KESSLER les a qualifiées de véritable « laboratoire » en matière de programmes. Il a pris pour exemple l'animation qui a vu sa production largement dynamisée par les chaînes thématiques.

En rappelant que le chiffre d'affaires du secteur avait été multiplié par 8 entre 1993 et 2001, il a évoqué les difficultés financières rencontrées par le marché depuis 18 mois et observé que la question de leur modèle économique n'était pas encore résolue. La très forte concurrence entre les chaînes thématiques est « bonne quand elle est loyale », mais « mais plus difficile lorsqu'elles ne connaissent pas les contraintes réglementaires des chaînes françaises ». Qualifiant cette situation de « redoutable », David KESSLER a indiqué qu'une réflexion était à mener sur ce point.

Il a enfin souligné le défi que les nouvelles formes de diffusion télévisuelle représentent pour les chaînes thématiques.

PARIS PREMIERE : « Field dans ta chambre ».

En présentant cette émission littéraire hebdomadaire à l'antenne depuis la rentrée 2002 et animée par Michel FIELD, Jacques EXPERT, directeur des programmes, a souligné que PARIS PREMIERE avait toujours manifesté son intérêt pour la culture et les livres en s'en tenant à une ligne éditoriale résumée par l'expression : « indépendance et refus de sacraliser la culture ».

 Le coût de cette émission se situe dans la moyenne des programmes de ce type pour une chaîne thématique et les résultats de la dernière vague « MédiaCabSat » indiquent un taux d'écoute supérieur à la moyenne de la chaîne : un peu plus de 1%. Cette émission suscite un fort taux de satisfaction dont témoignent les courriers des téléspectateurs.

TMC :« Tout nouveau tout beau ».

Gérald-Brice VIRET, directeur de l'antenne, a indiqué que ce magazine quotidien de plateau, qui tente de décrypter « les loisirs et la vie quotidienne sous toutes ses coutures » en présentant un panorama des nouvelles tendances en matière de consommation, était destiné à « moderniser une chaîne qui souffrait d'une image vieillissante ». Programmé dans la tranche 17 heures45 - 18 heures 30, qui n'avait pas d'audience, l'émission enregistre depuis la mi-avril 2003, une audience de 1% sur les téléspectateurs initialisés. Son coût de production est de 2 300 ¤ par émission.

L'EQUIPE TV : « Enfin du foot »

 Lancé en 1998, à l'occasion de la coupe du monde de football, ce magazine de 26 minutes est, selon Vincent REGNIER, directeur de la rédaction et des programmes, « une émission segmentante qui fait l'identité de la chaîne ». Elle est dotée d'un budget annuel de 300 000 ¤. La chaîne ne disposant pas de droits de retransmission d'événements sportifs, et les chaînes hertziennes montrant des images de matchs à profusion, ce magazine, qualifié de « bricolage professionnel » par Vincent REGNIER, tente d'analyser et de faire comprendre les phases de jeu dans un souci d'esprit critique et d'indépendance.

I>TELE :« La guerre en Irak »

Pour I>TELE, qui dispose d'un budget annuel de 30 M d'¤ et emploie 200 personnes, dont 120 journalistes, la guerre en Irak a généré 1,5 M d'¤ de coûts supplémentaires, a indiqué Jean-Claude PARIS, son Président. Avec une équipe à Bagdad, une au Koweït, une au Kurdistan et une à New-York, bien que ne disposant pas des mêmes moyens que les chaînes hertziennes, I>TELE, en donnant la « priorité au direct » a apporté aux téléspectateurs des images inédites, notamment les séquences présentées de la chute de Kirkouk et du pillage d'une banque à Bagdad.

PLANETE :« L'odyssée de l'espèce » ; « La guerre dans les médias »

Olivier STROH, directeur des programmes, a présenté l'évolution récente de la grille de PLANETE qui accorde désormais plus de place à « l'actualité, la proximité et le grand spectacle ». La chaîne propose désormais des rendez-vous réguliers et identifiables, qui ont permis une augmentation de 40% de son audience tous les soirs. La notoriété de PLANETE et la multiplication des chaînes thématiques documentaires ont incité, en 2002, les chaînes hertziennes à ne plus laisser l'exclusivité des premières fenêtres de diffusion aux chaînes du câble et du satellite. Le succès de la diffusion sur FRANCE 3 de « L'Odyssée de l'espèce » n'a cependant en rien nui à sa diffusion sur PLANETE une semaine plus tard.

 Avec 1 800 films documentaires achetés chaque année, PLANETE poursuivra sa politique de programmes dans trois directions : les « opérations spéciales » en coproduction avec des chaînes hertziennes (type « L'Odyssée de l'espèce »), les films d'image dont la chaîne prend l'initiative (type « La Guerre dans les Médias ») et enfin, les investissements de soutien à la création sur des projets proposés par des producteurs ou réalisateurs.

KTO :« VIP, Visages Inattendus de Personnalités »

Damien DUFOUR, directeur général, a indiqué que KTO ne se définissait pas comme une chaîne confessionnelle, mais comme une chaîne thématique appréhendant le monde et l'actualité avec « un regard chrétien ». Les offices religieux constituent 30% de sa grille, la chaîne produisant elle-même 50% des émissions qu'elle diffuse, KTO dispose d'un budget annuel de 1,4 M d'¤. Le financement est assuré à 60% par des dons, à 20% par la publicité et à 20% par l'abonnement au magazine de la chaîne. L'émission « VIP », entièrement produite par la chaîne avec ses moyens propres, tente de « montrer l'homme ou la femme qui est derrière la vedette ».

CANAL J : « Mémomix »

Thierry SOREL, adjoint au directeur des programmes, a indiqué que CANAL J consacrait 60% de son antenne aux programmes d'animation. Afin de renforcer son identité, dans un environnement concurrentiel composé de 13 chaînes pour enfants, CANAL J souhaite diversifier sa grille en proposant davantage de programmes de flux, comme « Mémomix », jeu musical quotidien basé sur la mémoire des sons et des images.

Jean MONCAUD, TV ONLY, producteur de « Mémomix », considère que ce programme constitue un véritable investissement productif pour la chaîne. Il a souligné que « l'audimat n'était pas l'unique instrument de mesure de la qualité des programmes et de la satisfaction des téléspectateurs ».

MCM :« Le Journal de la musique » et « One 2 One »

Olivier RICHARD, directeur des programmes, a indiqué que la grille des programmes de MCM se composait à 55% de clips musicaux, ainsi que d'émissions générationnelles et de fictions. Produite en interne, « One 2 One », réalisée par Olivier MEGATON, est une émission au format évolutif et se place hors du champ promotionnel classique.

Les publics

L'après-midi a été consacrée à une réflexion sur les évolutions du rapport des chaînes thématiques à leurs publics :

Les nouvelles technologies de diffusion (décodeurs - enregistreurs, vidéo on demand, etc.) et les nouvelles pratiques de programmation (multiplexage et déclinaisons de chaînes) vont-elles modifier les habitudes de consommation des téléspectateurs ? L'écoute de la télévision va-t-elle s'affranchir du temps ?

Quels seront alors leurs repères dans un univers fractionné ? Quelles stratégies de marketing et de marque pour les chaînes ? »

Muriel ARNOULD, directrice de CARAT - TVMI, a présenté, en introduction, une étude consacrée aux principales évolutions du paysage télévisuel d'ici à cinq ans et à la place que prendront les chaînes thématiques dans l'offre de demain.

Avec un scénario de lancement de la TNT à fin 2005 et un développement de la télévision sur ADSL, en 2007, le satellite devrait compter 3,5 millions de foyers abonnés, la TNT2,8 millions, le câble 2,150 millions et l'ADSL 650 000.

Dans ces conditions de marché, cinq axes essentiels sont à retenir :

  • la pénétration des offres élargies (15 chaînes et plus), devrait atteindre 35% des foyers français, contre 21% actuellement ;
  • la réception numérique devrait passer de 16% à 31% des foyers TV ;
  • la part de marché des chaînes thématiques devrait atteindre 15% sur l'ensemble de la population, contre 11% actuellement ;
  • l'interactivité, qui prend aujourd'hui la forme de programmes enrichis, devrait entraîner de  nouvelles manières de consommer la télévision, avec l'arrivée d'une véritable télévision à la carte ;
  • dans ce contexte, les contenus deviendraient prééminents sur les contenants et les chaînes vont être amenées à intégrer ces nouveaux modes de consommation de la télévision dans leurs stratégies de programmation et de marketing. La marque devrait alors jouer un rôle très important.

Emmanuelle GUILBART, directrice des programmes, et Laurent de CAMMAS, directeur général adjoint de CanalSatellite, ont indiqué que le décodeur-enregistreur proposé aux abonnés, le Pilotime, avait fait l'objet de 32 000 réservations et était installé aujourd'hui dans 25 000 foyers ; il bénéficie d'un taux de satisfaction de 97%. L'élargissement de ce type de produit passera par le succès du bouche à oreille. Mais le facteur essentiel du développement du marché restera la qualité des programmes et des contenus.

Pour Patrick LELEU, président directeur général de NOOS, qui envisage le lancement d'un produit similaire, une modification du rapport des consommateurs au temps est en cours. Mais les développements technologiques ne doivent pas se faire au détriment du service : refonte du guide des programmes et amélioration de la relation de proximité avec les abonnés sont, pour l'opérateur, aujourd'hui prioritaires. L'une des demandes récurrentes des téléspectateurs consiste à pouvoir recevoir tous les programmes auxquels ils ont souscrit sur tous les téléviseurs du foyer, ce qui n'est pas possible actuellement.

Pour Maxime JAPY, président de Moviesystem, les nouveaux canaux de distribution de la télévision, comme l'ADSL, arrivent à maturité, mais seront avant tout une source de distribution complémentaire des offres actuellement existantes.

Pour Emmanuel CHARONNAT, directeur de CARAT - TV, avec les décodeurs-enregistreurs, les téléspectateurs pourront plus facilement éviter la publicité, mais les contacts réels mesurés seront plus efficaces. La fragmentation des audiences offrira des contacts plus ciblés, privilégiant la notion de « contact utile » et de « coût au contact utile ». Cette évolution compliquera la question de la mesure de l'audience, qui devra mesurer les programmes et non plus les chaînes.

Alain LE DIBERDER, président directeur général de CLVE, a estimé que le développement du numérique obligera les chaînes à repenser leur fonction et à faire évoluer un modèle issu des années 80 : il les amènera à devenir de plus en plus des « unités de programmes ». Remettant en cause un modèle économique fondé sur la maximisation de l'audience, il a appelé à une mesure de la satisfaction des téléspectateurs.

Pour Bruno THIBAUDEAU, directeur général de MULTITHEMATIQUES, les évolutions technologiques s'inscriront dans l'économie existante : les chaînes doivent participer à toutes les expérimentations qui peuvent intervenir, et adapter leurs programmations et leurs offres aux nouveaux supports.

Gilles FONTAINE, directeur du département Médias de l'IDATE, a présenté un point sur la place que la télévision interactive occupe désormais aux Etats-Unis, à côté des offres classiques, notamment via le développement de la vidéo à la demande (VOD) et des décodeurs enregistreurs numériques (PVR). La conversion des abonnés analogiques vers le numérique se fait beaucoup plus lentement que prévu et ne produit pas tous les effets escomptés en termes commerciaux. Pour accélérer l'évolution, les opérateurs devront aller vers des services qui procurent davantage de confort, comme c'est le cas avec la télévision on demand (TVOD) et la télévision haute définition (TVHD).

Sur le marché américain, les premières enquêtes de comportement des utilisateurs de PVR montrent que 22% des utilisateurs ne regardent plus jamais la télévision en direct, que 80% de l'audience de certaines séries de prime time est décalée et que 20% des téléspectateurs choisissent de ne jamais regarder la publicité.

Compte tenu de la lente pénétration de ces avancées technologiques, il ne faut en attendre ni révolution, ni alternative aux modes dominants de consommation de la télévision. Pour les opérateurs, il s'agit avant tout de lancer les services nouveaux qui compléteront l'offre télévisuelle classique.

Serge SCHICK, directeur marketing CARAT - TVMI, a rappelé la nécessité, dans le contexte de l'élargissement et de la fragmentation de l'offre de contenus, d'être identifié par le consommateur grâce à sa marque. Repère et outil de business développement, la marque, qui donne une capacité de prescription et permet ainsi d'augmenter ses ressources publicitaires ainsi que ses revenus liés à la diversification, est un état d'esprit et un ensemble de valeurs. Le couple marque - programme est essentiel, l'avantage étant donné aux marques qui investissent sur les lignes éditoriales.

Pour Philippe LACO, président France et Bénélux, The Walt Disney Company, la marque « Disney » n'est pas reçue comme une marque américaine, mais comme une marque internationale. L'entretien d'une marque est une gestion quotidienne : il faut développer et entretenir une relation affective avec son public, relation qui passe par un contenu réalisé « localement ». Disney ne s'interdira pas la vidéo à la demande, mais lorsque qu'elle s era sécurisée, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. Plus la marque aura un fort pouvoir d'attraction, mieux elle sera placée pour l'utilisation, dans l'avenir, des nouvelles technologies.

< b>Sophie CHALOU, directrice régionale, a indiqué que pour National Geographic la décision de lancer une chaîne de télévision n'était intervenue qu'il y a 5 ans. National Geographic, dont l'institution, association de chercheurs, de géographes et d'explorateurs, est née en 1883, a d'abord été un magazine, lancé en France depuis 3 ans seulement, puis une entreprise de production d e documentaires. Grâce à ses valeurs d'origine, et à leur notoriété - défense de la planète, de l'environnement, fenêtre ouverte sur le monde - la chaîne a pu se développer rapidement et existe aujourd'hui dans 123 pays. Mais pour durer, il faut conserver l'adéquation entre l'attente suscitée par la marque et les propositions de programmes de la chaîne.

Selon François ROUX, son président-directeur général, 13ème RUE, première chaîne lancée par les studios Universal, a construit sa marque de toutes pièces. Positionnée sur l'action et le suspens, s'intéressant à ce qui est urbain et moderne, la chaîne fonctionne aujourd'hui comme une « tribu ». Sa communication est souvent décalée, parfois violente, mais humoristique. C'est avant tout sur l'antenne, à qui est consacré l'essentiel des moyens, que doit se travailler et s'entretenir la marque. 13ème RUE développe des « échanges de visibilité » avec des marques qui explorent des univers très proches du sien, notamment dans la domaine de la vidéo et du jeu vidéo, afin « d'ancrer la marque dans le c½ur de futurs jeunes téléspectateurs ».

Conclusion

Principaux extraits du discours de clôture de Dominique BAUDIS, Président du Conseil supérieur de l'audiovisuel :

« Je suis très heureux de clôturer cette journée consacrée aux chaînes thématiques. Je tiens à saluer cette démarche de l'A.C.C.e.S. qui contribue à mieux cerner le secteur de ce qu'on appelle la télévision de complément, à mieux la faire connaître. Un marché audiovisuel qui joue un rôle essentiel pour la télévision et au-delà bien sûr pour toute l'industrie de programmes en France.

Un marché des chaînes thématiques encore fragile.

En 1993, il y dix ans, on comptait une petite dizaine de chaînes de complément. Elles sont aujourd'hui près d'une centaine, soit une vingtaine de plus qu'en Allemagne. Le chiffre d'affaire des chaînes thématiques a également augmenté en dix ans : multiplié par 8. Le nombre de foyers abonnés à une offre élargie est en constante croissance : multiplié par 5 depuis 1993 et a encore progressé en 2001 de 11%, et ceci malgré un climat économique relativement morose. C'est donc aujourd'hui près de 12 millions de téléspectateurs qui bénéficient d'une offre élargie provenant du câble ou du satellite.

De la même manière, l'investissement consacré par les chaînes thématiques à la production d'½uvres audiovisuelles bénéficiant du compte de soutien du CNC a été multiplié par cinq entre 1997 et 2001. Enfin les chaînes thématiques enregistrent en 2002 une part d'audience significative puisqu'elles ont passé la barre symbolique des 10% selon les résultats publiés par Médiamétrie. Ces tendances montrent que le marché des chaînes thématiques est marqué par une vitalité soutenue ; il est dynamique aussi par sa diversité.

(.) Contrairement à ce que l'on pensait, il existe encore un fort potentiel de création pour chaque thème, qui répond aux attentes d'un public demandeur de programmes de télévision personnalisés. La télévision de complément donne aux téléspectateurs une liberté de choix ; elle est apte à satisfaire les goûts variés du public.


Ces éléments positifs et encourageants - forte natalité, créativité et diversité des chaînes thématiques - ne doivent cependant pas masquer les difficultés économiques réelles que rencontrent bon nombre d'entre elles. C'est vrai, la situation des chaînes thématiques en France est paradoxale et demeure fragile : davantage regardées, mieux distribuées, elles peinent pourtant à trouver leur rentabilité. Le marché est encore à la recherche de son équilibre, d'autant que l'arrivée de nouveaux entrants accentue la concurrence et morcelle l'audience. Contrairement à certains de nos voisins européens, le développement du câble et du satellite en France a enregistré un certain retard. Aujourd'hui, près de 24% des foyers français sont abonnés à une offre de télévision élargie contre plus de 40% en Grande-Bretagne et plus de 90% en Allemagne. Le CSA est conscient de ces difficultés, qui ont été aggravées ces deux dernières années par une conjoncture plutôt médiocre : le recul du marché publicitaire et le durcissement des rapports entre les éditeurs et les distributeurs.

Assouplissement du décret câble/satellite

C'est pourquoi le Conseil s'est montré favorable à la prise en compte des spécificités du secteur du câble et du satellite par rapport à celui des chaînes hertziennes concernant notamment le régime des obligations en matière de production et de diffusion des ½uvres audiovisuelles. Le Conseil a toujours milité pour un allégement de ces dispositions. Elles sont nécessaires pour soutenir la diversité culturelle dans notre pays. C'est chose faite désormais : le gouvernement a entendu les inquiétudes des chaînes du câble et du satellite.(.)

Néanmoins, le CSA regrette que le projet de décret ne simplifie pas encore davantage le dispositif : ayant recours à des exceptions à la règle générale, il multiplie ainsi le nombre de régimes applicables. Le Conseil a donc rappelé dans son avis qu'il souhaitait que l'harmonisation des différents régimes juridiques s'accompagne aussi de leur simplification. Cette complexité pourrait en effet entraver la mise en ½uvre et le contrôle de certaines de ces dispositions, ainsi que favoriser le développement de pratiques de contournement des obligations. En outre, une plus grande marge de man½uvre et de négociation laissée à l'instance de régulation, sans rigidifier encore la réglementation, aurait été plus adaptée à l'identité du secteur.(.)

Une assise financière plus solide par de nouveaux aménagements

Autre point qui devrait trouver une réponse positive dans les mois à venir concerne les relations qui lient les éditeurs de service du câble et du satellite aux distributeurs. Bon nombre de chaînes thématiques déplorent en effet la baisse des rémunérations provenant des distributeurs. L'A.C.C.e.S. a plusieurs fois appelé l'attention du Conseil sur ce problème. Jusque là, le Conseil ne disposait d'aucun moyen d'action en la matière.

Or, les décrets qui visent à transposer les directives européennes sur les réseaux de communication électroniques dans le droit français prévoient un renforcement du pouvoir économique du CSA. Le pouvoir de règlement des litiges cantonné par la loi du 1er août 2000 à la télévision hertzienne numérique est en effet étendu à l'ensemble du secteur audiovisuel, et donc aux chaînes thématiques. Cette mesure permettra alors au Conseil de s'assurer que le plan de services des distributeurs est conforme aux principes d'égalité de traitement, à la libre concurrence, aux relations non discriminatoires entre éditeurs de services et distributeurs, aux impératifs de qualité et de diversité des programmes. Cette mesure exigera une plus grande transparence des contrats liant éditeurs et distributeurs de service.

L'ouverture de la publicité télévisée aux secteurs interdits, et notamment celui de la grande distribution, peut être également un moyen de donner aux chaînes thématiques une assise financière plus solide. Le CSA a manifesté à plusieurs reprises auprès du gouvernement son souhait de voir cet aménagement appliqué aux chaînes de complément. (.)

La TNT : le garant d'un nouvel essor des chaînes thématiques

Enfin, je suis convaincu que la télévision numérique terrestre est à même de provoquer un nouvel essor des chaînes de complément, susciter un renouveau de l'innovation en programmes et stimuler la concurrence propre à redonner un nouveau souffle à la croissance du parc d'abonnés.

La TNT est un nouveau support qui pourra dynamiser l'offre multichaîne et populariser l'offre des thématiques en France. On se souvient comment le satellite, en son temps, a su développer les chaînes thématiques et favorisé l'offre du câble, on se souvient également que certains pronostics annonçaient alors la mort des chaînes hertziennes. Le satellite et le câble n'ont pas tué le hertzien, la TNT ne signera pas l'arrêt de mort du câble et du satellite. Au contraire, elle favorisera son développement. Ce résultat, la TNT l'obtiendra, non pas comme je l'entends ici ou là, en concurrence frontale avec les chaînes du câble et du satellite, mais en complémentarité avec les programmes proposés. Cette complémentarité est d'ailleurs inscrite dans la loi puisque le législateur a voulu qu'un opérateur commercial du câble ou du satellite puisse investir dans les projets du numérique hertzien.

Le CSA, pour sa part, a retenu pour les 15 chaînes payantes de la TNT un bouquet comportant des chaînes du câble et du satellite ayant déjà fait leurs preuves et séduit un public. Cette complémentarité s'impose d'autant plus qu'à chaque support de diffusion - la TNT, le câble et le satellite, et même l'ADSL - correspond des contraintes et des faiblesses, des atouts, des positionnements et des publics spécifiques. Le câble et le satellite développeront une offre de télévision individualisée, tandis que la TNT* proposera une offre gratuite, une offre plus réduite, moins spécialisée et ne transportera pas de service personnalisé de vidéo à la demande... Chaque support de diffusion - la TNT, le câble et le satellite, la télévision par téléphone - doit avoir sa place dans le paysage audiovisuel et son destin particulier.

Je crois donc que le déploiement de ces nouveaux moyens de diffusion incline plutôt à rechercher des synergies plutôt que de la concurrence et de la compétition. C'est en s'engageant dans un schéma de complémentarité que ces supports de diffusion pourront parvenir à améliorer la pénétration de l'offre multichaîne dans l'ensemble des foyers français et sur l'ensemble du territoire.

Comme tout nouveau marché, le marché de la télévision de complément, après une démultiplication de son offre, traverse une période de regroupement et de réajustement. Les chaînes thématiques ont l'avenir devant elles pour trouver le cercle vertueux qui leur permettra d'asseoir leur rentabilité. L'accroissement de leur audience devrait leur permettre de peser plus sensiblement sur le marché publicitaire.

Place à une régulation rénovée

Ce qui est sûr, c'est, qu'à terme, les chaînes thématiques devront s'adapter aux évolutions majeures du paysage audiovisuel, à la convergence technologique, mais aussi aux nouveaux modes de consommation des programmes qu'elle induit.

A terme, le contenu audiovisuel va prendre le pas sur le contenant. La régulation audiovisuelle, fondée sur des distinctions support par support séparant ainsi les chaînes hertziennes des chaînes du câble et du satellite, aura alors vécu. Place à une régulation rénovée qui s'inscrira dans un nouveau cadre fondé sur la neutralité du moyen de diffusion, mais aussi sur le principe de proportionnalité qui exige de respecter la spécificité du service de télévision, notamment dans le degré de réglementation à lui appliquer. Les critères qui le fixeront ne seront plus dictés par la nature du support mais par d'autres appréciations liées au poids économique du service concerné, à son taux de pénétration dans les foyers français, au degré de contrôle de chaque utilisateur par rapport au contenu reçu. Le niveau d'obligations incombant à une chaîne généraliste rassemblant quotidiennement plusieurs centaines de téléspectateurs ne saurait en effet être le même que celui s'appliquant à une chaîne thématique ciblant quelques milliers de personnes.(.)

Nous sommes bien là à l'aube d'une « révolution » que les chaînes thématiques doivent intégrer, en particulier dans leur stratégie de programmation si elles veulent continuer à être attractives. »

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