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Actes des Troisièmes assises des chaînes thématiques 20 juin 2005

 
 
Colloque Lundi 3 décembre 2007 Palais du Luxembourg
Premières assises des chaînes thématiques
Compte Rendu des deuxièmes assises - Mardi 24 juin 2003
Actes des Troisièmes assises des chaînes thématiques 20 juin 2005

Actes des
" Troisièmes assises des chaînes thématiques "
Lundi 20 juin 2005

Le 20 juin 2005 l'A.C.C.e.S. a donné à nouveau rendez-vous à l'ensemble des partenaires des chaînes : auteurs, réalisateurs, producteurs, distributeurs, presse, représentants des pouvoirs publics, instituts d'étude, annonceurs, etc..., pour les " Troisièmes assises des chaînes thématiques ".

Mieux faire connaître les chaînes thématiques, sensibiliser l'ensemble des acteurs de l'audiovisuel français aux enjeux de ces chaînes, mettre en lumière leurs spécificités, débattre de leur avenir, tels étaient, comme en 2002 et 2003, les principaux objectifs de ce rendez-vous.

La matinée a été consacrée à la présentation d'un certain nombre d'exemples de programmes produits par ou pour les chaînes thématiques, exemples destinés à illustrer la spécificité de ces chaînes. Ces présentations se sont poursuivies par une table ronde sur le thème : " Programmes : tendances, innovation, financements "

L'après-midi a vu se tenir deux tables rondes consacrées aux perspectives de développement des chaînes thématiques.

La journée a été conclue par Dominique BAUDIS, Président du Conseil supérieur de l'audiovisuel.

Les débats étaient animés par Michel PICOT.

Ce document présente une synthèse des propos tenus par les différents intervenants.

Les programmes

Après la présentation, par leurs producteurs et par les responsables des chaînes de cinq exemples de programmes, s'est tenue une première table ronde sur le thème :

" Programmes : tendances, innovation, financements "

A la question, " pourquoi et comment innover ? ", Serge SCHICK, directeur du marketing de Carat TVMI, a commencé par répondre qu'il ne fallait pas confondre, dans l'univers de la télévision, le renouvellement, qui est le cycle normal des contenus, et l'innovation. L'observation des audiences montre, qu'à court terme du moins, l'innovation ne procure pas de surcroît d'audience. C'est le paradoxe du téléspectateur qui déclare attendre de l'innovation et dont les habitudes d'écoute évoluent très lentement. Paradoxe qui veut que les chaînes les plus puissantes ne soient pas très bien notées par le téléspectateur sur ce critère de l'innovation, que les chaînes de pure rediffusion aient de bonnes audiences.

Mais la logique du " low cost ", qui a un intérêt immédiat en terme d'audience, n'accroît pas la satisfaction du téléspectateur et fait courir des risques au média lui-même, alors que pour les chaînes thématiques, la satisfaction du téléspectateur est une donnée essentielle.

L'innovation ne concerne pas uniquement les formes éditoriales, elle peut aussi s'exprimer dans le marketing, la technologie et la distribution. Les chaînes thématiques peuvent se monter créatives en terme de programmation, comme sur des évènements, par exemple.

Jean-Louis BURGAT, président de Léo vision, estime, pour sa part, que les chaînes thématiques font preuve d'une certaine frilosité en terme d'innovation. Si les producteurs ont su s'adapter à l'économie de ces chaînes, celles-ci ont tendance à cantonner les producteurs dans les types de programmes qu'ils ont déjà réalisés. Les moyens des chaînes peuvent expliquer cette réticence, prendre un risque dans le cadre d'un budget de programmes limité étant plus difficile que lorsque ce risque est réparti au sein d'un budget important.

Philippe CHAZAL, directeur général de France 4, ne partage pas ce point de vue : il considère que les chaînes thématiques proposent beaucoup de programmes différents et innovants. Il estime que, pour France 4, l'innovation est une nécessité pour plusieurs raisons : c'est une nouvelle chaîne qui doit s'installer sur le nouveau marché de la TNT ; elle s'est fixé comme objectif de toucher un public plus jeune et l'innovation correspond à sa mission de service public.

Pour Emmanuel PRIOU, Président du SPI, les chaînes thématiques prennent davantage de risques que les chaînes hertziennes et innovent davantage, ne serait-ce que parce que les circuits de décisions sont plus courts.

Michèle REISER, membre du CSA, voit les chaînes thématiques comme un terrain d'expérimentation. Elles peuvent jouer le rôle de laboratoire, en particulier au sein d'un groupe. Il n'y a pas de genre innovant en soi et tous les genres peuvent s'y prêter.

Pour Eric BRION, président de l'A.C.C.e.S., les chaînes thématiques qui, toutes, ont tenté ou tentent encore d'innover, rencontrent aujourd'hui deux obstacles : l'outil de mesure de l'audience, qui oublie de prendre en compte la satisfaction du téléspectateur ; la difficulté à financer leurs programmes. Avec des ressources en provenance des distributeurs qui ont été divisées par 2 depuis 2002, elles ne peuvent que se tourner davantage vers les achats. Il constate que le compte de soutien, hormis l'animation, a, en 2004, moins aidé les programmes à destination des chaînes thématiques que par le passé. Au moment où est lancée la TNT, pour qui l'enjeu des programmes est crucial, il réclame un vrai débat sur le financement des programmes.

Laurent CORMIER, directeur de l'audiovisuel du CNC, estime que le CNC a largement accompagné le développement des chaînes thématiques. La baisse constatée des aides - que l'on constate, sur certains genres, en volume global, mais pas en financements unitaires -après un pic de production en 2002, est surtout due à la baisse des commandes et aux modifications des stratégies éditoriales qui se sont orientées vers des genres de programmes traditionnellement moins aidés par le CNC.

Il indique que le CNC est prêt à financer des pilotes alors que les chaînes thématiques n'en commandent que très peu. Il indique également que le CNC est prêt à discuter avec les chaînes thématiques des aides aux magazines, qui sont souvent la marque d'identification d'une chaîne, afin de mieux définir les critères d'intervention du compte de soutien.

Stratégies de développement

Table ronde
" Producteurs / éditeurs / distributeurs : à l'heure de la TNT, quelles stratégies marketing ? Convergences et divergences "

Olivier GEROLAMI, délégué général du Groupement TNT, a commencé par rappeler que la TNT, 3 mois après son lancement, totalisait déjà 400 000 adaptateurs vendus, ce qui représente, sur les 35% de foyers techniquement couverts, un excellent taux de pénétration de 5%. La notoriété de la TNT, quant à elle, est passée de 35% il y a un an, à 94%.

Il a souligné la complémentarité entre l'offre câble - satellite - adsl et l'offre TNT gratuite, essentiellement composée de chaînes généralistes ou semi généralistes qui ont vocation à fédérer un public large auxquelles vont s'ajouter quelques thématiques " têtes de pont " qui sont en mesure de vivre du marché publicitaire.

Michaël BOUKOBZA, directeur général d'Iliad, a rappelé que FREE comptait aujourd'hui 1 500 000 abonnés adsl, et souligné que l'offre était de type " triple play ". Sa politique est de diffuser toutes les chaînes (FREE en propose à l'heure actuelle 250). Le réseau a été conçu de manière à faire " sauter le verrou " entre éditeurs et téléspectateurs potentiels et à établir un lien direct entre une chaîne et son public. La stratégie est donc de proposer les chaînes à la carte avec le maximum de simplicité. Elle permet donc de trouver une très grande convergence d'intérêts entre FREE et les éditeurs.

La stratégie de distribution du groupe UPC - NOOS, représenté par Christopher TRAGGIO, directeur commercial de UPC, consiste, elle, à offrir le meilleur de ce qui est disponible par thématique et donc à proposer des bouquets et des chaînes à la carte après le premier niveau de choix numérique. Il considère que les relations du groupe avec les chaînes sont très bonnes et se déclare prêt à engager des discussions sur une charte telle que la propose l'A.C.C.e.S., à condition que des engagements soient pris des deux côtés.

Pour Claude-Yves ROBIN, président directeur général de Canal J, Tiji, Filles TV, il y a à la fois convergences et divergences d'intérêts entre les éditeurs et les distributeurs. Convergences car les chaînes réclamées par le public génèrent des abonnements, divergences lorsque le distributeur cherche à avoir les meilleurs produits en les payant le moins cher possible. L' objectif des chaînes est de démontrer au distributeur l'intérêt qu'il a à conserver et à miser sur le développement des chaînes, soit parce qu'elles s'adressent au plus grand nombre, soit, lorsqu'elles s'adressent à un public plus ciblé, elles présentent une forte attractivité. Il est important pour une chaîne d'être présente sur le terrain, pour montrer au téléspectateur qu'une chaîne n'est pas seulement ce qu'il y a sur l'écran, mais aussi tout un univers de marque. Les chaînes jeunesse se prêtent particulièrement à cette démarche car, dans un univers sécurisé, elles proposent une logique communautaire. L'investissement des chaînes dans une présence hors écran permet de concrétiser la relation entre le public, l'abonné, le distributeur et la chaîne.

Stéphanie MARTIN, directrice des chaînes thématiques de France Télévisions, pour sa part, fait état de difficultés, pour les chaînes, à discuter avec les distributeurs, comme le montre l'exemple de la numérotation de EURONEWS dans le plan de service de certains distributeurs. Elle estime que les distributeurs ont aussi besoin de chaînes indépendantes et que le projet de charte proposé par l'A.C.C.e.S. est un facteur nécessaire au développement du marché.

Pour Emmanuelle GUILBART, directrice des programmes, CanalSat, les distributeurs ont effectivement intérêt à disposer des meilleurs produits et à ce que les éditeurs puissent développer des marques fortes ; des divergences d'intérêt peuvent survenir lorsque les chaînes cherchent à élargir leur audience pour développer leurs ressources publicitaires alors que les distributeurs cherchent au contraire à proposer des offres très segmentées et très structurées.

Laurent FONNET, directeur général, TMC, estime que les chaînes ont besoin de la distribution la plus stable possible car le public a besoin de repères, d'habitudes et de fidélité. Pour une chaîne comme TMC, désormais gratuite, les annonceurs sont partie intégrantes de la stratégie de la chaîne : il faut leur démontrer qu'ils ont besoin de supports plus segmentants et qu'ils soutiennent les chaînes qui proposent des programmes identifiés par les téléspectateurs afin d'éviter une banalisation des offres. Il considère que les agences médias doivent engager, avec les chaînes, une réflexion sur les supports et les cibles à proposer aux annonceurs.

Virginie CALMELS, vice-présidente du SPECT (et directrice générale Endemol France), indique que les producteurs de flux, qui ont su s'adapter à l'économie des chaînes du câble et du satellite, sont prêts à faire le pari de la TNT et à prendre un certain nombre de risques financiers à condition d'avoir un " retour " lorsque la publicité se sera développée sur ce nouveau marché. Mais les producteurs de flux ne sont pas prêts, sans contreparties, à élargir à la TNT les droits qu'ils cèdent aux chaînes hertziennes analogiques.

Pour Claude-Yves ROBIN, les chaînes thématiques ont encore un potentiel de croissance important grâce aux évolutions technologiques à venir : en effet, 60% des foyers qui disposent d'une offre élargie ont au moins deux téléviseurs, alors que cette offre élargie n'est reçue que sur un seul téléviseur. La consommation télévision étant beaucoup plus importante sur le poste qui reçoit les chaînes thématiques, lorsque l'ensemble des téléviseurs du foyer pourra recevoir ces chaînes, leur part de marché pourra attendre des niveaux beaucoup plus élevés.

Pour Grégory SAMAK, directeur général de NT1, la TNT sera incontestablement un succès en France grâce à 3 leviers spécifiques : la conversion au numérique des abonnés de Canal + analogique (2,5 millions de foyers) et l'arrivée à maturité du marché des postes TNT intégrés au niveau international en mpeg2. Enfin, la perspective de l'extinction rapide de l'analogique sera un levier de croissance très important. Il formule la proposition d'avancer à 2008 ce basculement vers le tout numérique dans le grand Nord Est de la France, ce qui permettra de régler les problèmes de coordination de fréquences qui se posent à l'heure actuelle entre la France et l'Allemagne, mais aussi et surtout, d'accélérer le développement de la TNT dans cette zone, comme dans le reste du pays.

" Télévision 2015, quelques pistes de réflexions "

Résumé de l'intervention de Gilles FONTAINE, directeur général adjoint, IDATE

Deux tendances semblent suffisamment profondes pour penser qu'elles vont produire des effets importants dans les années qui viennent :

1) La re-définition de la frontière entre le payant et le gratuit. Le lancement de la TNT en fournit un exemple : les opérateurs sont en train de reconsidérer leur choix entre la télévision à péage et la télévision gratuite.

A cela deux raisons :

-Les limites du marché de la télévision à péage en tant que telle. Un début de cercle vicieux est en train de se mettre en place en France. La télévision payante est certes en croissance mais elle n'est, globalement, pas très rentable. Elle a donc du mal à rémunérer les chaînes thématiques. Comme celles-ci peinent à atteindre la rentabilité, elles ont tendance à s'intéresser au marché du gratuit et donc à celui de la publicité. Elles créent ainsi une nouvelle concurrence pour la télévision à péage.

-L'irruption des opérateurs de Télécom sur le marché de la télévision. Même avec des différences de stratégies, le choix fondamental fait par ces opérateurs est de chercher à distribuer du contenu gratuit aux consommateurs pour vendre de l'accès à Internet haut débit.

Ces deux raisons, structurelles, peuvent laisser penser que la frontière payant - gratuit est susceptible de se déplacer dans les années qui viennent.

2) La seconde tendance concerne les modèles publicitaires en télévision. Si l'on observe l'exemple américain, on constate que les foyers s'équipent de plus en plus de terminaux dotés de disques durs, qui ont commencé à apparaître en France et en Grande-Bretagne. Aujourd'hui, un téléspectateur américain qui possède un équipement de type TIVO ne regarde plus la télévision en direct que 40% du temps qu'il y consacre. La consommation des écrans publicitaires en subi des conséquences très importantes.

Un foyer équipé d'un de ces appareils à disque dur est donc exposé moitié moins de temps à la publicité. Ces dispositifs étaient jusqu'à présent réservé aux abonnés à la télévision à péage ; désormais, les équipements électroniques grand public dotés d'un disque dur qui permettent de maîtriser sa consommation de télévision et de sauter les publicités seront de plus en plus nombreux et seront intégrés aux lecteurs et aux graveurs de DVD. Ces dispositifs sont rapidement en train de se généraliser. En réaction, PROCTER & GAMBLE a annoncé récemment qu'il entendait réduire de 25% ses investissements sur le câble et de 5 à 10% ses investissements sur les télévisions généralistes.

- Ces tendances posent deux questions fondamentales aux opérateurs de télévision :

1) " Dans l'avenir, pour quoi le consommateur sera-t-il prêt à payer en matière de télévision ? Qu'est-ce qui justifiera le paiement d'un abonnement ? ".

Heureusement, il y a de nombreuses réponses à cette question, qui permettent d'être optimistes. Davantage de programmes exclusifs, d'abord. Ce que la télévision à péage devra apporter au consommateur, c'est moins de publicité et des programmes de qualité supérieure à la télévision gratuite.

Surtout, c'est du côté des services que la télévision à péage pourra progresser. Un service paraît particulièrement prometteur : la " Subscription VOD " - la VOD sur abonnement. Elle permet, quand on a payé un abonnement à un service de télévision à péage, de regarder tous les programmes de toutes les chaînes qu'on a achetées, à n'importe quel moment. On est loin de la VOD telle qu'elle est conçue de manière majoritaire aujourd'hui en France : plus ou moins l'équivalent du vidéo club dans lequel la VOD permet d'acheter un film à l'unité. Il est surprenant de constater que c'est sur cette VOD de vidéo club que les opérateurs se cristallisent, sur laquelle toute la concurrence porte, alors que le service que le consommateur attend, ce n'est pas cette VOD à l'unité, c'est la possibilité de regarder à nouveau les programmes qu'il a achetés. On peut se demander si le marché français n'est pas à la limite du contresens sur la véritable utilisation des services de VOD.

Côté télévision à péage, il reste donc encore des services pour lesquels le consommateur est prêt à payer.

2) La seconde question, en référence aux tendances mises en évidences, est : " Comment sauver la publicité ? ". La faculté donnée à tout consommateur de zapper la publicité pose évidemment un problème aux annonceurs, et aux chaînes, par voie de conséquence.

Il existe des solutions qui permettent de consolider la publicité et qui permettent d'éviter que le consommateur n'échappe par trop à la pression publicitaire des chaînes.

Ces solutions sont cependant complexes et extrêmement coûteuses :

- La première est d'investir dans l'événementiel. Plus on est dans l'événementiel, plus on est dans l'interactif, plus on est capable de fixer le consommateur devant sa chaîne de télévision, moins on a de crainte qu'il zappe la publicité.

Parmi les programmes événementiels qui permettent de fixer le consommateur devant sa chaîne de télévision, il y a évidemment le sport. On peut prévoir qu'il n'y aura pas de décrue des droits du sport, car le sport permet de conserver la consommation de la télévision en direct. Le sport restera un passage obligé pour les chaînes qui souhaitent fixer le consommateur.

-La seconde solution est de mieux combiner la publicité et les programmes : faire soit du placement de produits, intégrer la publicité dans les programmes eux-mêmes, soit entrecroiser en permanence les programmes et la publicité.

De ce point de vue, les chaînes de télévision en France seront amenées à mener un combat réglementaire important dans les années qui viennent afin d'assouplir la manière dont on peut mêler les programmes et la publicité. Il est possible qu'il devienne vital pour les chaînes de télévision de pouvoir associer plus étroitement la publicité et l'information, par exemple. Parce que l'information est un programme de direct par excellence, et que se sera un des rares endroits à l'intérieur des grilles de programmes où il sera possible de continuer à placer de la publicité.

Enfin, il faut compter avec l'arrivée des nouvelles plates-formes de distribution : la télévision mobile, la télévision sur Internet et le réseau domestique.

1) La télévision mobile :

Il ne faut pas confondre la télévision mobile et la télévision sur mobile. La télévision mobile, c'est bien autre chose que le récepteur de téléphonie mobile. Rien ne dit que le succès des années qui viennent ne sera pas un I-POD vidéo beaucoup plus qu'un téléphone 3G. Derrière le mot " télévision sur mobile ", il y a des réalités très variables.

Il y a la télévision sur mobile, vue comme un produit dérivé de la télévision actuelle : diffuser les programmes sur tous les supports disponibles. Ce marché existe probablement à court terme : c'est le marché de la personnalisation vidéo comme a existé le marché de la personnalisation musicale.

Une deuxième vision de la télévision sur mobile est le développement de programmes spécifiques, en pariant que la télévision sur mobile crée un autre marché que celui de la télévision.

Et puis il y a une troisième vision : finalement, moyennant quelques adaptations, la télévision sur mobile c'est rediffuser des chaînes de télévision légèrement adaptées, sur le terminal lui-même. Dans cette vision, on peut collectivement se poser une question : que vont faire exactement les opérateurs de téléphonie mobile ? Au regard de ce qui s'est passé en Internet fixe, on en arrive à la conclusion que les opérateurs de Télécom ont plutôt décidé de donner des contenus gratuitement pour pouvoir vendre de l'accès.

2)La télévision sur Internet :

Le fait que l'Internet ou l'IP soit domestiqué par la diffusion sur ADSL dans un environnement bien contrôlé comme le font les opérateurs de Télécom est une chose, échapper à un scénario de dissémination non contrôlée des contenus sur Interne, en est une autre. Aujourd'hui, rien ne démontre que dans la course entre la diffusion non contrôlée des contenus sur IP d'un côté, et les techniques de contrôle des droits de l'autre, ce soit les deuxièmes qui doivent l'emporter.

3)Le réseau domestique :

C'est le décodeur à disque dur. Dans les 10 ans qui viennent, une très large majorité de la population sera, d'une manière ou d'une autre, équipée d'un disque dur qui fera écran entre les chaînes de télévision et le consommateur. Ce disque dur pourra être géré par le consommateur, par une chaîne de télévision ou par un opérateur de télévision. Autrement dit, il y aura très probablement dans le foyer domestique, entre les chaînes de télévision et le consommateur, quelque chose qui ressemblera à un portail tel qu'on les connaît aujourd'hui sur Internet. L'échelle de référence sera alors le gestionnaire du portail plutôt que les chaînes elles-mêmes.

En conclusion, les facteurs de ruptures sont bien là, sortis des laboratoires : le disque dur est là et les annonceurs commencent à modifier leurs stratégies d'investissements ; la VOD est là ; la télévision sur mobile en DVBH sera probablement une réalité en 2015.

Avec les ruptures technologiques, c'est donc à des ruptures dans les modèles d'organisation de nos activités qu'il faut s'attendre.

Table ronde
" Stratégies éditoriales pour une diffusion multi plates-formes "

Marie-Christine CROLARD-LEPAGNY, directrice associée, NPA Conseil, a observé qu'avec le développement actuel des offres et des usages de télévision mobile, les modèles économiques ne sont pas encore précisément définis et que les contenus sont probablement appelés à évoluer vers des formats spécifiques.

Emmanuel VACHER, directeur business développement, Orange, a précisé que l'offre télévision sur Orange en 3G et Edge comptait aujourd'hui 110 000 clients - dont 80 000 grand public -, avec un objectif de 500 000 à la fin de l'année et de 1 million fin mai 2006. 55% de ces clients consomment de la télévision tous les mois, avec 10 à 12 consultations par mois, dont chacune d'une durée moyenne de 2 minutes. Les chaînes généralistes y sont autant consommées que des chaînes plus spécifiques. Cette offre permet à Orange de tester l'élasticité au prix. Si la technologie 3G (point à point) n'est pas la plus adaptée à la télévision, elle offre en revanche un certain nombre d'avantages comme la voie de retour.

Peter SCHMITZ, responsable des nouveaux médias a indiqué qu'Euronews était actuellement proposée sur mobile dans 3 pays : France, Portugal et Autriche. Pour le moment, la chaîne est diffusée en direct, mais il estime qu'il faudra, à terme, proposer des programmes spécifiques. Pour lui, l'enjeu essentiel est le prix et le modèle économique.

Marc PALLAIN, vice-président du directoire, NRJ group, a estimé que la télévision mobile avait un grand avenir, à la fois en mode broadcast, grâce au DVBH, et en UMTS qui permet la voie de retour. Le DVBH, dont les premières expérimentations ont débuté, fonctionne très bien : sur un multiplex TNT, le Mpeg2 permet de diffuser 6 chaînes, le Mpeg4, plusieurs dizaines. Il s'est déclaré très favorable au lancement des chaînes gratuites de la TNT en DVBH. La radio doit être numérisée sur le même mode, ce qui permettra sa réception sur les mêmes terminaux. Pour lui, il convient de hiérarchiser les choix et réserver la TVHD aux fréquences qui seront dégagées à l'extinction de l'analogique. Les réseaux point à point ne seront pas en mesure d'assurer le transport des chaînes permanentes, seuls la diffusion en mode broadcast le permettra.

Le développement des terminaux de réception sera le moteur de la télévision mobile, sur un modèle de télévision gratuite.

Pour Thierry CAMMAS, directeur général, MTV France, on assiste actuellement à l'émergence d'un véritable mode de vie autour des nouveaux écrans. Le groupe MTV développe le concept de l' " ego casting " : peut importe le support par lequel le téléspectateur passe, pourvu qu'il ait accès à un contenu dans lequel il se reconnaît. Ceci a des conséquences très importantes en matière de stratégies éditoriales car l'éditeur doit parvenir à un niveau de segmentation et de customisation des contenus très poussé. Ces contenus doivent également répondre à une logique d'impulsivité, passionnelle, d'évènementiel, d'informatif et d'aspiration communautaire. Mais en même temps, tous participer de la même racine de contenus, dérivés du même programme, et surtout de la même marque. Le vrai challenge est : comment garantir cette diversité sans dilution de la valeur des contenus ? Les diffuseurs et les producteurs devront apprendre à développer des contenus multi accès, à n'importe quel moment, sur différents modes. Ainsi ; le groupe MTV développe actuellement un projet appelé " MTV Overdrive " qui permet au téléspectateur de se constituer son propre programme.

Pour autant, la structure de la chaîne de valeur n'est pas encore connue et les modèles stratégiques étant encore en mouvement, il est encore difficile de se positionner. Il faut prendre le temps de construire le modèle économique de ce qui sera à terme un marché de masse.

Bruno THIBAUDEAU, directeur général, Canal Active, a indiqué que son groupe travaillait sur cette même hypothèse de personnalisation de la consommation des clients. Il estime que va se développer une morcélisation de la consommation. Le nerf de la guerre sera le marketing car il s'agit d'une industrie de l'offre. Les éditeurs devront adapter leurs contenus aux différents supports.

Pour Philip PLAISANCE, président directeur général, Wonder Phone, la question clé est effectivement de savoir ce que les consommateurs sont prêts à payer pour regarder la télévision sur leur mobile. Il va falloir également s'affranchir de la tutelle des grilles de programmes, la télévision sur mobile visant une communauté et l'écran supplémentaire ne se substituera pas aux précédents.

 

Clôture

Principaux extraits du discours de clôture de Dominique BAUDIS, Président du Conseil supérieur de l'audiovisuel :

" (...) Grâce à l'action de l'A.C.C.e.S. depuis maintenant 8 ans, les chaînes thématiques ont renforcé leur visibilité et leur capacité d'action. Elles sont aujourd'hui un acteur reconnu et essentiel dans notre paysage audiovisuel.

En l'espace de 20 ans, le secteur s'est considérablement développé. Plus de 100 chaînes francophones sont désormais conventionnées par le CSA. Elles couvrent une grande diversité de genres, et, aujourd'hui, les chaînes thématiques bénéficient d'une audience significative qui avoisine les 12%. Elles représentent 13% du chiffre d'affaire global du secteur de la télévision.

(...) Le secteur joue un rôle clé dans le soutien à la diversité culturelle, par la diffusion des oeuvres, et maintenant par leur financement. Pour la production bénéficiant du soutien du CNC, les investissements ont été multipliés par 6 entre 1997 et 2003.

Sous l'impulsion de l'A.C.C.e.S., le dispositif initial prévu par le décret de 2002, calqué sur le régime des chaînes hertziennes, a été modifié afin de tenir compte des spécificités des chaînes du câble et du satellite. Un assouplissement auquel le CSA a apporté tout son soutien.

La publication de ce nouveau décret en août 2003 a été l'occasion, pour le conseil, d'ouvrir avec les opérateurs du câble et du satellite, une longue procédure de renégociation des conventions. (...) Ces nouvelles conventions marquent une avancée qui consacre la place des chaînes thématiques dans notre paysage.

(...) Le Conseil a souhaité mettre en place un contrôle succinct pour l'année 2003, afin de permettre aux opérateurs de se familiariser avec le nouvel outil de déclaration de leurs obligations. Mais globalement cette première année test a été positive, les opérateurs ont effectué des déclarations très satisfaisantes qui montrent que la plupart ont respecté leurs engagements en 2003.

L'année 2003 présente également un certain nombre d'indicateurs encourageants : après une année morose en 2002, une reprise de la croissance du chiffre d'affaire de 5% et une amélioration sensible des résultats d'exploitation.

L'embellie que connaît aujourd'hui le secteur des chaînes thématiques, est néanmoins à relativiser, l'économie de ces chaînes demeure fragile avec des recettes publicitaires qui malgré une amélioration notable au cours de ces 2 dernières années, demeurent insuffisantes.

La progression trop lente du parc d'abonnés - aujourd'hui un quart des français bénéficient d'une offre élargie - place notre pays très loin derrière l'Allemagne ou la Grande-Bretagne>, par exemple.

Le CSA est tout à fait conscient des difficultés et des inquiétudes des chaînes thématiques dans le cadre d'une concurrence accrue, d'une baisse du revenu moyen des chaînes par abonné et d'un durcissement des rapports entre les éditeurs et les distributeurs.

(...) La modernisation du cadre juridique, avec les lois de juillet 2004, tient compte de la différence du secteur audiovisuel avec celui des télécommunications, ainsi que du principe de neutralité technologique. La loi a simplifié et harmonisé les régimes juridiques, pour la télévision par câble, par satellite, sur Internet, par ADSL, c'est-à-dire pour des réseaux n'utilisant pas des fréquences assignées par le CSA. (...) Simplification du régime, également, pour les distributeurs : liberté d'installation avec une simple déclaration à l'A.R.T., suppression de l'autorisation du CSA remplacée par une simple déclaration.

Les règles qui fixent les conditions de déclaration des plans de services des distributeurs, doivent être maintenant définies par décret, pour lequel nous venons d'être saisis pour avis.

(...) En revanche, la question de la proportion minimale de chaînes indépendantes que doivent offrir les distributeurs au public, principe inscrit dans la loi depuis août 2000, n'est malheureusement pas abordée dans ce projet de décret. Elle pose, il est vrai, de réelles difficultés notamment dans la définition de la notion d'indépendance qui, trop restreinte, rendrait la disposition quasiment inefficiente. Ces difficultés pourraient donc conduire le gouvernement, éventuellement, à préciser la loi à ce sujet.

L'autre nouveauté introduite par le législateur, concerne les relations qui lient les éditeurs de services aux distributeurs. La loi a attribué, vous le savez, au CSA un pouvoir de règlement des litiges entre éditeurs et distributeurs du câble et du satellite. Cette disposition permettra au Conseil de s'assurer que sur le plan des services, les distributeurs se conforment aux principes d'égalité de traitement, de libre concurrence et de non-discrimination, ainsi qu'aux impératifs de qualité et de diversité des programmes.

Cet aménagement privilégie une régulation souple et adaptée au marché, qui doit rendre les pratiques plus transparentes et apaiser les relations dans ce secteur. Néanmoins, cette disposition ne sera mise en oeuvre qu'après la publication d'un décret. Il est donc souhaitable que ce décret, que vous attendez avec impatience, je le sais, soit publié le plus rapidement possible. Nous avons déjà écrit au Ministre de la culture et de la communication, afin d'insister sur ce point.

Autre décret que nous attendons, celui qui va étendre les dispositions de février 2002 relatives aux obligations des chaînes du câble et du satellite, aux nouveaux support de diffusion, ADSL et Internet. Comme nous l'avons rappelé dans un courrier adressé au Ministre de la culture et de la communication, il est urgent que ce décret soit publié sans tarder. La régularisation de ces nouveaux services se heurte, en effet, aux nécessaires adaptations du cadre réglementaire qui leur est applicable.

Cette régulation rénovée doit désormais être appliquée pour créer une dynamique positive, et permettre aux chaînes thématiques de consolider leur place, dans notre paysage audiovisuel.

Le développement des nouvelles technologies, avec le déploiement du numérique, l'émergence de nouveaux vecteurs de diffusion, la TNT, la télévision sur ADSL, ouvrent d'immenses perspectives pour les chaînes thématiques. Le démarrage de la TNT est un succès, vous le savez, plus de 400 000 adaptateurs ont été vendus à ce jour, c'est très encourageant. La TNT ne se positionne pas, d'ailleurs, en concurrence avec d'autres moyens de diffusion, au contraire elle en est parfaitement complémentaire. La TNT est une véritable opportunité pour les chaînes thématiques en terme de développement et d'exposition, tout comme les chaînes thématiques sont une chance pour la TNT, elles ont fait leurs preuves, il était donc légitime que ces chaînes bénéficient d'une large place sur le numérique terrestre.

Câble, satellite, TNT, ADSL, télévision sur mobile, à chaque support de diffusion correspond des atouts, des positionnements, des contraintes spécifiques ; ils doivent avoir leur place dans notre paysage et permettre de combler le retard audiovisuel de notre pays. Leurs objectifs sont différents et la diversification des supports de communication va dans le sens de l'intérêt du public et des téléspectateurs. Cette diversification représente une nouvelle liberté au citoyen. Elle permet de lui offrir la télévision qui correspond le mieux à son mode de vie, à ses goûts, à ses aspirations et à ses préférences. "

 

 

 
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